En 2001, pourquoi Nintendo avait-il opté pour des « mini-DVD » avec sa GameCube ?

Il suffit de ressortir une vieille console d’un carton pour se rappeler que Nintendo n’a jamais vraiment fait les choses comme tout le monde. La GameCube en est probablement l’un des meilleurs exemples. Une petite boîte violette (ou noire (ou grise ou autre), selon les versions), une poignée à l’arrière, un design presque jouet… et surtout, ces étonnants petits disques qui semblaient avoir été miniaturisés par magie. Mais pourquoi Nintendo avait-il donc choisi ce format pour les jeux GameCube, alors que Sony et Microsoft misaient déjà sur le DVD ? Derrière leur aspect « mignon » se cachait en réalité une vraie stratégie.

nintendo gamecube
©THM Magazine

Des mini-DVD pour une console… mini

Il y a 25 ans, en 2001 (et mai 2002 chez nous), Nintendo fait un choix pour le moins surprenant : plutôt que d’utiliser les DVD classiques de 12 cm de diamètre, la GameCube embarque un format optique propriétaire de seulement 8 cm. Ces disques, souvent désignés comme des mini-DVD, pouvaient stocker un peu moins de 1,5 Go de données. À l’époque, cela pouvait sembler relativement limité, mais Nintendo avait plusieurs raisons de privilégier ce format.

La première était évidemment liée au piratage. Contrairement à un DVD standard, ces disques propriétaires ne pouvaient pas être lus aussi facilement avec les lecteurs et graveurs informatiques courants du début des années 2000. Copier un jeu GameCube était donc nettement moins simple que reproduire un titre PS2 ou Xbox (sachant que ce même piratage profitera aux consoles de Sony et Microsoft).

nintendo gamecube violette
©Nintendo

Mais le choix avait aussi des conséquences très concrètes sur la machine elle-même. Avec un support plus petit, Nintendo pouvait concevoir un lecteur optique moins encombrant et, par extension, une console particulièrement compacte. La GameCube pesait ainsi nettement moins lourd qu’une Xbox première génération et pouvait presque naturellement être transportée d’une maison à l’autre. Une poignée à l’arrière ? Évidemment. Tout était pensé pour.

Et puis il y avait les temps de chargement. La taille réduite du disque permettait notamment à la tête de lecture de parcourir une distance moindre, ce qui pouvait contribuer à accélérer certains chargements. Une petite idée technique qui, sur le papier, avait donc pas mal d’avantages pour cette première console Nintendo à embrasser l’ère optique.

Le problème, c’est que la PS2 était aussi un lecteur DVD

Le choix de Nintendo devient cependant beaucoup plus discutable lorsqu’on replace la GameCube dans son époque. Car en 2000, Sony ne vendait pas uniquement une PlayStation 2. Il vendait aussi, accessoirement, un lecteur DVD. Et ça, c’était énorme.

Le DVD était alors en pleine explosion et représentait une véritable évolution dans le salon : meilleure qualité d’image, chapitrage, accès direct aux scènes, plus besoin de rembobiner… Pour beaucoup de familles, acheter une PS2 revenait donc à faire d’une pierre deux coups, avec une console de jeux vidéo oui, mais aussi un lecteur DVD et un lecteur CD, sans parler de la rétrocompatibilité avec les premiers jeux PlayStation.

La Xbox allait suivre la même logique, avec elle aussi la possibilité de lire les DVD (et les CD), moyennant un accessoire supplémentaire. La GameCube, elle, était beaucoup plus radicale. C’était une console pour jouer, et uniquement pour jouer.

PS2 Consoles
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Ce faisant, Nintendo économisait au passage les coûts liés à l’intégration d’un lecteur DVD et aux licences associées, tout en conservant une machine relativement abordable. Mais commercialement, le message était peut-être moins séduisant face à des concurrentes capables de devenir le centre multimédia du salon.

Et les chiffres racontent une histoire assez claire. Avec environ 21,7 millions d’exemplaires écoulés, la GameCube termine derrière la Xbox et, surtout, très loin derrière les quelque 160 millions de PS2 vendues. Évidemment, il serait injuste d’attribuer cet écart aux seuls mini-DVD : le manque de certaines grosses licences tierces a également pesé lourd, sans parler du marketing de Sony et de quelques licences justifiant à elles seules l’achat de la console (GTA, PES, God of War, Gran Turismo, Jak & Daxter, Devil May Cry…)

Des petits disques, pour de maxi souvenirs

Avec le recul, impossible de ne pas trouver une certaine poésie à ce choix. Parce que oui, les disques GameCube étaient techniquement particuliers. Mais ils étaient aussi… franchement adorables.

Prendre en main un petit disque de Super Mario Sunshine, de Viewtiful Joe, de Resident Evil 4 ou de The Legend of Zelda: The Wind Waker, c’était déjà avoir l’impression de tenir quelque chose de différent. Un objet qui ressemblait à un DVD miniature, mais qui appartenait exclusivement à cette drôle de petite console.

Et c’est en partie ce qui nous plaît encore aujourd’hui avec la GameCube. À une époque où les consoles cherchent à tout faire, à remplacer les lecteurs multimédias, à proposer des boutiques, du streaming, des applications et mille autres fonctions, la GameCube paraît presque rafraîchissante dans sa simplicité.

On la branche, on ouvre le clapet, on glisse ce petit disque dans son lecteur, on profite du petit logo Nintendo et… on joue. Pas de compte à connecter, pas de mise à jour interminable, pas de téléchargement de 80 Go. Juste une console, un jeu et une manette (et une carte mémoire).

Alors oui, les mini-DVD ont probablement privé la GameCube d’un argument commercial important face à la concurrence. Mais ils ont aussi participé à son identité. Cette petite machine compacte, transportable et immédiatement reconnaissable n’aurait probablement pas été tout à fait la même avec un gros lecteur DVD et des disques de taille standard.

Et finalement, c’est peut-être ça que l’on retient aujourd’hui : une petite console, des petits disques… mais de très grandes expériences. Et rien que pour ça, rallumer une GameCube en 2026 reste toujours un petit plaisir.