Test Castlevania Belmont’s Curse : un excellent Metroidvania, mais un Castlevania qui divise
Avec Belmont’s Curse, Castlevania signe un retour très efficace, porté par une exploration addictive et des idées bien trouvées. Mais derrière ce Metroidvania généreux se cache un jeu qui prend aussi quelques libertés avec l’identité de la saga, quitte à laisser certains fans sur le bord du chemin. Et que dire de sa bande-son, bien loin des sommets historiques de la licence ?
Il y a des licences qui nous accompagnent toute une vie. Mega Man bien sûr, Sonic, Mario… et puis il y a Castlevania. Une saga un peu à part (dont on célèbre les 40 ans actuellement), qui m’a toujours fasciné par son atmosphère si particulière, ses châteaux inquiétants et ses mélodies capables de rester gravées dans un coin de la tête pendant des décennies. Alors forcément, quand un nouvel épisode débarque, je ne peux pas m’empêcher de repenser à l’épisode Game Boy (Castlevania Adventure), au premier opus fondateur sur NES, à Symphony of the Night, à toutes ces heures passées à explorer le moindre recoin de son château, avec cette petite excitation à chaque porte entrouverte. Parce qu’un Castlevania, ce n’est jamais seulement une histoire de monstres à fouetter, c’est aussi une ambiance, une musique… et des souvenirs auxquels on tient sacrément.
Un retour qui ne manque pas de fouet
L’histoire de Castlevania: Belmont’s Curse nous ramène à Paris, en 1499, alors que la capitale est plongée dans le feu, le chaos et que des créatures monstrueuses envahissent ses rues. Dans la peau de Rose Belmont, fille de Trevor, héritier d’une longue lignée de chasseurs de vampires, il va falloir explorer la ville, percer ses mystères et affronter les forces obscures qui la menacent. Un cadre historique très original pour la saga, qui délaisse les châteaux transylvaniens traditionnels au profit d’une aventure urbaine « made in France ».
Bonne nouvelle, avec Belmont’s Curse, je retrouve immédiatement ce qui fait le sel d’un bon Metroidvania. Cette envie permanente de pousser une porte supplémentaire, d’inspecter un recoin oublié ou de revenir dans une zone après avoir acquis une nouvelle capacité. L’exploration fonctionne à merveille, et je me suis régulièrement surpris à vouloir découvrir « une dernière salle » avant de poser la manette.
Le fouet occupe évidemment une place centrale, en tant qu’arme bien sûr, mais surtout d’outil de déplacement. Et quelle réussite ! S’en servir pour virevolter d’un point à l’autre, franchir des obstacles ou enchaîner les déplacements avec fluidité procure un véritable plaisir. Le maniement est grisant, presque instinctif, et il apporte une vraie personnalité aux phases de plateforme.
Le jeu ne se contente d’ailleurs pas de nous faire arpenter des couloirs. Il intègre une dimension enquête particulièrement bienvenue, avec de petits mystères à résoudre pour avancer. Certaines références aux anciens épisodes sont également amenées avec beaucoup d’intelligence, sans donner l’impression de cocher mécaniquement les cases de la nostalgie. L’aventure nous entraîne dans un Paris revisité, entre monuments emblématiques et personnages historiques. Ce changement de décor apporte un souffle intéressant à la formule, même s’il participe aussi à une évolution esthétique… qui risque de diviser les habitués.
Un Metroidvania moderne, peut-être trop moderne ?
C’est probablement ici que les choses se compliquent. Belmont’s Curse possède une direction artistique originale, colorée, avec une dominante rouge et rose (et souvent des couleurs assez flashy) qui tranche franchement avec l’atmosphère sombre et gothique à laquelle Castlevania nous a habitués.
Le résultat n’est pas mauvais, loin de là. Mais je n’ai pas forcément toujours eu le sentiment de parcourir un nouvel épisode de Castlevania. J’ai parfois davantage eu l’impression de découvrir un très bon Metroidvania indépendant contemporain (comme il y en a tant eu ces dernières années), dans la droite lignée de Dead Cells (le jeu ayant été développé par la même équipe), auquel on aurait greffé l’univers de la saga.
Cette approche plus moderne, presque dans l’air du temps des adaptations animées (coucou la série Castelvania sur Netflix), pourra séduire de nombreux joueurs. Pour certains anciens, en revanche, le contraste avec l’ambiance sombre et envoûtante de Symphony of the Night risque d’être difficile à ignorer.
Le gameplay, lui, tient largement la route. Les armes sont nombreuses, les possibilités de personnalisation généreuses et les affrontements de boss généralement réussis. Pour ma part, j’ai fini par privilégier la lance, malgré un arsenal qui incite à multiplier les expérimentations. Je comprends toutefois que certains regrettent cette profusion, car dans Castlevania, un bon vieux fouet a parfois quelque chose de plus satisfaisant que des dizaines d’armes à collectionner. Mais après tout, libre à chacun d’utiliser l’arme de son choix.
Globalement grisants, les combats peuvent néanmoins devenir brouillons lorsque trois ou quatre ennemis nous tombent dessus simultanément. Quant aux phases de plateforme, elles alternent entre passages plaisants et séquences franchement agaçantes.
Roues dentées lancées dans tous les sens, surfaces hérissées de piques… Certains défis semblent davantage conçus pour mettre nos nerfs à l’épreuve que pour s’intégrer naturellement à la progression. Et lorsque ces passages sont obligatoires, la frustration grimpe rapidement…
Une bande-son qui manque cruellement de magie
Je pourrais encore passer outre quelques choix artistiques ou certaines séquences de plateforme mal calibrées. En revanche, il y a un élément sur lequel je me montre beaucoup moins indulgent : la musique.
C’est probablement le plus gros point noir de ce Belmont’s Curse. Castlevania a bâti une partie de sa légende sur ses compositions, capables de transformer un simple couloir en moment inoubliable. Depuis toujours, la série propose un patrimoine musical exceptionnel.
Ici, je cherche encore ce qui aurait dû me marquer durablement. Quelques morceaux parviennent bien à insuffler une belle énergie à l’action, mais l’ensemble reste trop discret, répétitif (d’autant plus que certaines zones sont immenses…) et rarement mémorable. Les thèmes accompagnent l’aventure sans jamais la transcender.
C’est d’autant plus dommage que l’exploration, les combats et les environnements offrent suffisamment de matière pour créer une véritable atmosphère. Mais sans cette signature musicale si particulière, il manque une part essentielle de l’expérience Castlevania. Là où certains épisodes continuent de résonner dans nos oreilles des années après leur sortie, Belmont’s Curse va laisser beaucoup moins de souvenirs de ce côté-là.
Le volet RPG ne me convainc pas davantage. Oui, comme dans Symphony of the Night, Rose gagne des niveaux en éliminant des ennemis, mais cette progression reste assez peu perceptible dans les sensations de jeu. J’aurais apprécié que certains paliers débloquent, par exemple, un nouveau mouvement ou une capacité de déplacement, voire la possibilité de manier (ou non) telle ou telle arme. Cela aurait donné davantage de sens à l’expérience accumulée.
Heureusement, la durée de vie est au rendez-vous. Comptez une bonne quinzaine d’heures pour terminer l’aventure, et davantage pour explorer chaque zone à 100 %. Je recommande d’ailleurs de prendre ce temps, tant les secrets et les chemins secondaires font partie des meilleures raisons de poursuivre l’exploration. Pour les intéressés, une démo gratuite de Belmont’s Curse est disponible.
Notre avis concernant Castlevania Belmont’s Curse
Je ressors de Belmont’s Curse avec un sentiment globalement très positif. Le jeu est généreux, efficace et particulièrement addictif. Son exploration, ses énigmes, son système de déplacement au fouet et ses nombreuses possibilités de personnalisation en font un Metroidvania de grande qualité. J’apprécie également de pouvoir adapter la difficulté à mes préférences, notamment en ajustant les dégâts, les gains d’expérience ou les conditions de reprise après un échec face à un boss.
Mais voilà, un bon Metroidvania n’est pas automatiquement un grand Castlevania. Sa direction artistique très éloignée des codes historiques de la saga et, surtout, sa bande-son décevante empêchent Belmont’s Curse de rejoindre les épisodes qui m’ont le plus marqué. Les combats parfois brouillons et certaines phases de plateforme peu inspirées viennent également ternir le tableau.
Au final, Castlevania Belmont’s Curse reste une excellente aventure que je recommande volontiers aux amateurs de Metroidvania. De leur côté, une certaine frange des fans historiques devront accepter une proposition différente, plus moderne et moins fidèle à l’identité qui a fait la légende de la série. Vous voilà prévenus.
Test réalisé sur PS5 à partir d’une version commerciale achetée par nos soins, l’éditeur ne nous ayant pas fourni de version de test.
Castlevania: Belmont's Curse
On aime
- L'exploration toujours aussi addictive
- Paris, ses monuments et ses figures historiques
- La progression ultra maligne
- Les déplacements au fouet
- Certaines séquences vraiment très (très) réussies
On aime moins
- Cette musique...
- Les combats parfois brouillons
- Beaucoup d'armes, mais surtout des doublons
- Un style Netflix qui ne va pas plaire à tous les fans de Castlevania