Test Replaced : une aventure dystopique poignante en 2,5D
Annoncé avec éclat lors de l’E3 2021, Replaced a fait l’objet de nombreux reports, glissant de 2022 à 2026 et devenant ainsi l’un des titres indépendants les plus attendus de ces dernières années. Développé par Sadcat Studios, ce jeu se présente comme un titre d’action-plateforme narratif en 2,5D, offrant une aventure consistante d’environ dix à douze heures. L’action prend place dans une version alternative et rétro-futuriste des États-Unis des années 1980, une société en ruine depuis une terrible catastrophe nucléaire.

Le joueur n’y incarne pas un humain ordinaire, mais « Reach », une puissante intelligence artificielle qui s’est retrouvée implantée de force dans le cerveau d’un scientifique nommé Warren Marsh (aussi appelé Rich) à la suite d’un incident. Pris en chasse par les autorités et forcés de fuir Phoenix City, l’homme et la machine vont devoir survivre ensemble pour atteindre un laboratoire permettant de les dissocier définitivement.
Un scénario assez inspiré
L’écriture de Replaced est indéniablement l’une de ses plus grandes forces. Le scénario aborde de front des thématiques complexes et très actuelles telles que le transhumanisme, la relation de l’humanité avec l’intelligence artificielle, l’égoïsme des gouvernements et la lutte des classes. Au-delà des murs de la ville, on duo découvre l’existence des « jetables » (ou « disposals »), des parias illégalement soumis à des transplantations expérimentales par la sinistre Phoenix Corporation, puis abandonnés à leur triste sort.
Ce qui captive particulièrement dans ce récit, c’est l’évolution psychologique de Reach. Cette intelligence artificielle, dotée d’une curiosité presque enfantine, confronte peu à peu sa programmation initiale à la terrible réalité humaine, offrant un point de vue fascinant au joueur.

L’exploration est rendue passionnante par l’utilisation du « Wingman », une sorte d’hybride entre un Walkman et une console Game Boy qui permet de scanner l’environnement pour dénicher des documents textuels enrichissant la mythologie du monde. Malheureusement, un parti pris de développement vient entacher cette narration brillante : l’absence totale de doublage vocal.
L’intégralité des dialogues, y compris les journaux audio, doit être lue. Ce silence se fait lourdement ressentir lors des longues cinématiques, créant un manque d’impact émotionnel évident et constituant une véritable occasion manquée d’impliquer davantage le joueur.
Direction Artistique et Bande-Son
Visuellement, le jeu met tout le monde d’accord : c’est un chef-d’œuvre. Le titre propose un mélange saisissant de pixel art 16-bits et d’environnements 3D, rappelant l’esthétique « HD-2D » d’un jeu comme Octopath Traveler, mais savamment appliqué à un monde cyberpunk.
La direction artistique bénéficie d’une cinématographie digne de productions à très gros budget : des jeux d’ombres et de lumières époustouflants, l’utilisation judicieuse du brouillard volumétrique, de grain de pellicule, et une maîtrise parfaite de la profondeur de champ et des angles de caméra.

L’animation générale n’est pas en reste, conférant une sensation de poids et de réalisme physique à chaque mouvement du personnage. L’atmosphère, souvent sombre et déprimante, évite l’écueil classique des villes cyberpunk inondées de néons fluorescents, tout en laissant transparaître une vraie lueur d’humanité.
Le tout est soutenu par une excellente bande-son « synthwave » très ancrée dans les années 80, tandis que le design sonore joue un rôle très actif pour indiquer les dangers en combat.
Des combats exigeants et dynamiques
Le système de combat de Replaced lorgne du côté de la célèbre série Batman Arkham, demandant au joueur de jongler avec réactivité sur un plan en 2,5D. La mécanique récompense l’agressivité tout en imposant la prudence : il faut esquiver les menaces soulignées d’un marqueur rouge et contrer avec précision les attaques surmontées d’un marqueur jaune.

L’arsenal évolue considérablement au fil du jeu. Vous maniez d’abord une matraque, puis débloquez une arme à feu dont la jauge d’énergie se charge uniquement en infligeant des dégâts au corps-à-corps. Attention, encaisser des coups ou abuser des esquives videra cette jauge. Plus tard, une pioche devient indispensable pour briser l’armure d’ennemis plus lourdement équipés, et Reach apprendra même à générer un bouclier capable de dévier les tirs ennemis.
Pour ne pas frustrer, le jeu intègre intelligemment des options d’accessibilité qui permettent de diminuer la puissance ennemie ou d’augmenter vos soins lors des combats de boss, qui s’articulent souvent autour de plusieurs phases.
Replaced reste un platformer
L’action est fréquemment entrecoupée de phases de plateforme exigeant de grimper à des tuyaux, de rebondir contre les murs, et d’utiliser l’arsenal pour progresser (comme tirer sur des conduits d’aération pour exécuter des doubles sauts).
Des séquences d’infiltration instantanées (où se faire repérer par un drone entraîne la mort immédiate ) viennent varier les plaisirs. Si elles peuvent paraître rigides au départ, elles s’améliorent largement en intégrant des mini-jeux de piratage tactique sous forme de grilles de formes à résoudre.

Entre vos missions, vous retournez régulièrement dans une station de métro abandonnée servant de refuge et de « Hub » principal. C’est l’occasion d’interagir avec d’autres PNJ, de caresser un chien, ou de battre des records sur de véritables bornes d’arcade proposant des clones de Space Invaders et Frogger.
C’est néanmoins là que le bât blesse : le rythme de l’aventure est considérablement ralenti par des quêtes annexes redondantes de type aller-retour.
Aller chercher des bandes dessinées ou de la nourriture s’avère fastidieux, mais c’est pourtant le seul moyen d’obtenir d’importantes améliorations de santé. Ce « remplissage » allonge artificiellement la durée de vie du jeu, occasionnant de réelles baisses de régime.
Défauts et Limites Techniques
Au-delà de ces soucis de rythme, l’expérience technique est parfois inégale. Sur PC, lors du lancement, les commandes se sont révélées particulièrement capricieuses, refusant parfois purement et simplement de déclencher un soin vital ou de parer un projectile, menant à des morts particulièrement frustrantes.

De plus, le concept de 2,5D, bien que magnifique, rend l’évaluation des profondeurs complexe : on se retrouve très régulièrement à donner des coups de matraque dans le vide parce que les ennemis ciblés attendaient leur tour sur un plan situé en arrière-plan. Des baisses notables du framerate ont également été senties, bien qu’elles soient ciblées pour être corrigées via des mises à jour.
Notre avis concernant Replaced
Replaced
On aime
- Scénario original explorant le transhumanisme et l'IA avec une évolution captivante du personnage Reach
- Direction artistique magistrale : pixel art 16-bits mélangé à la 3D avec cinématographie exceptionnelle
- Système de combat dynamique et exigeant inspiré de la série Arkham
- Variété du gameplay entre plateforme, infiltration et mini-jeux de piratage
On aime moins
- Absence complète de doublage vocal affaiblissant l'impact émotionnel
- Quêtes annexes redondantes et fastidieuses ralentissant le rythme
- Commandes capricieuses causant des morts frustrantes
- Évaluation difficile des profondeurs en 2,5D créant de la confusion