Gamescom Opening Night Live : (beaucoup) trop de jeux, pas assez de passion
Deux heures de trailers, d’annonces et de « World Premiere » : la Gamescom Opening Night Live 2026 avait de quoi séduire. Pourtant, derrière quelques belles surprises, le spectacle a surtout donné l’impression d’un interminable catalogue de jeux qui finissent par tous se ressembler…
Il y a quelque chose d’assez paradoxal avec les grandes soirées de jeux vidéo organisées par Geoff Keighley. On les regarde toujours avec l’espoir de découvrir la conférence qui nous fera vibrer, celle dont on parlera encore au petit-déjeuner le lendemain. Et puis, deux heures plus tard, on se retrouve avec une impression étrange : celle d’avoir vu énormément de choses… sans avoir véritablement vu grand-chose.
Deux heures de trailers… pour finalement retenir quoi ?
La Gamescom Opening Night Live 2026 n’a pas échappé à ce phénomène. Pendant près de deux heures, les trailers se sont enchaînés à un rythme presque frénétique, à la limite de la boulimie vidéoludique, avec toutefois quelques grosses cartouches comme Final Fantasy VII Revelation, le nouveau Metro, ou The Witcher 3: Wild Hunt Remastered, pour ne citer qu’eux.
Sur le papier, difficile de se plaindre. Le spectacle était là, les « World Premiere » aussi. Mais à force d’enchaîner les annonces sans véritable respiration, sans lien évident et surtout sans laisser le temps aux jeux de s’installer, la soirée a progressivement ressemblé à un immense buffet à volonté, où l’on aurait posé absolument tous les plats disponibles sur la table.
Et au bout d’un moment, même le joueur le plus gourmand commence à avoir mal au ventre…
Monster Hunter, Elden Ring, Cyberpunk… mais avec un autre nom
Le problème n’est d’ailleurs pas forcément la qualité intrinsèque des jeux présentés. Certains méritent clairement qu’on s’y intéresse. Mais combien sont capables de véritablement imposer leur propre identité ?
Prenons Nodusfall. Le nouveau jeu de HoYoverse semble vouloir troquer l’esthétique de Genshin Impact pour aller piocher très généreusement du côté d’Elden Ring et de Monster Hunter, avec ses créatures gigantesques, ses combats coopératifs et ses environnements où le joueur paraît minuscule.
Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Aniimo, Cinder City, Like or Die, Once Human, Project Zeta, Roco Kingdom, Showa American Story, Tarae the Unbound, The Defiant… Il y a sans doute du bon dans cette liste (loin d’être exhaustive), mais difficile de vraiment les retenir, tant les annonces s’enchainent.
C’est finalement l’une des impressions les plus persistantes de cette Opening Night Live : tiens, un jeu qui ressemble à s’y méprendre à Elden Ring, un autre à Monster Hunter, celui-là à Cyberpunk, celui-ci à Resident Evil, un autre à un énième RPG asiatique ultra-stylisé… On change les noms, les personnages et parfois deux ou trois mécaniques, mais la recette semble terriblement familière (et l’ensemble manque parfois cruellement d’âme disons le).
Le phénomène n’est évidemment pas nouveau. L’industrie du jeu vidéo s’est toujours nourrie de ses propres succès. Mais lorsque dix trailers similaires se succèdent en quelques dizaines de minutes, la comparaison devient inévitable.
Et surtout, les jeux se cannibalisent eux-mêmes. Une annonce plutôt intéressante peut être totalement oubliée cinq minutes plus tard parce qu’un autre trailer vient immédiatement prendre sa place. C’est dommage. Pour les joueurs, mais aussi pour les développeurs, sans compter que nombre d’entre eux passeront (malheureusement) inaperçus à leur sortie, la faute à une offre bien trop importante et où tout finit par se ressembler…
Rendez-nous l’E3… ou au moins des conférences qui ont quelque chose à raconter
C’est probablement ici que pointe une certaine nostalgie. Celle de l’E3, évidemment. Oui, l’Electronic Entertainment Expo avait ses défauts. Oui, certaines conférences étaient longues, parfois maladroites, parfois franchement embarrassantes. Mais il y avait Microsoft, Sony, Nintendo, Ubisoft, Electronic Arts… et surtout des rendez-vous identifiables, avec une personnalité, une direction et une véritable mise en scène.
On savait pourquoi on regardait la conférence Nintendo. On savait ce qu’on pouvait attendre de Microsoft ou de Sony. Il y avait des surprises, des moments de folie, des démonstrations, des présentateurs, des développeurs sur scène et parfois même un peu de passion (si si !).
Aujourd’hui, les showcases de Geoff Keighley ont pris une partie de cet héritage. Mais à vouloir devenir les grands rendez-vous capables de réunir tout le monde, ils finissent parfois par ne plus ressembler à grand chose.
Le problème n’est donc pas forcément qu’il y avait trop de jeux à la Gamescom Opening Night Live. C’est qu’il y avait trop de jeux au même endroit, au même moment, sans suffisamment de respiration. Deux heures, c’est long. Beaucoup trop long lorsque l’on demande au spectateur d’absorber plusieurs dizaines d’annonces.
Une Opening Night Live d’une heure, soigneusement montée, avec moins de jeux mais davantage de temps accordé aux plus intéressants/originaux, serait probablement bien plus efficace. Et surtout plus mémorable.
Parce qu’une conférence réussie ne devrait pas nous donner envie de consulter la liste des annonces après coup pour savoir ce qu’on vient réellement de regarder. Et hier soir, comme souvent ces dernières années, malgré quelques jolies choses, c’est malheureusement un peu ce qui s’est passé.
Beaucoup de trailers. Beaucoup de jeux. Beaucoup de promesses. Mais finalement, assez peu de souvenirs…