On a testé Screamer, le retour de la licence culte entre Ridge Racer et Burnout
Pour les joueurs ayant connu le milieu des années 90, le nom Screamer n’est pas totalement inconnu. À l’époque, la licence s’était fait une place de choix parmi les amateurs de vitesse sur PC, avec une approche résolument arcade et spectaculaire. Près de trente ans plus tard, voilà que les développeurs italiens de Milestone décident de faire renaître leur franchise. Un retour aux sources particulièrement intéressant puisque ce sont bien les équipes créatrices de la série originale, qui sont aux commandes de ce nouveau Screamer.
Et autant le dire immédiatement, malgré quelques défauts parfois frustrants, ce retour a quelques bons sérieux arguments à faire valoir.
Une identité visuelle qui fait mouche
Dès les premières minutes, Screamer séduit par sa direction artistique. Le jeu affiche une identité forte, avec un univers futuriste qui évite soigneusement le piège du générique. Les environnements regorgent de détails, les effets lumineux sont particulièrement réussis et l’ensemble bénéficie d’une personnalité visuelle immédiatement reconnaissable.
Même constat du côté des cinématiques. Les diverses cutscenes qui rythment la progression apportent un véritable supplément d’âme à l’expérience. Là où beaucoup de jeux de course se contentent d’un simple prétexte narratif, Screamer tente quelque chose de différent. Le résultat n’est pas toujours révolutionnaire dans son écriture, mais l’effort est réel et surtout très agréable à suivre.
La bande-son mérite également une mention spéciale. Les musiques accompagnent parfaitement l’action et participent grandement à l’ambiance générale. Entre les courses nerveuses et les séquences scénarisées, le jeu parvient à maintenir une cohérence de ton particulièrement appréciable.
Un mode Histoire étonnamment ambitieux
L’une des bonnes surprises de ce Screamer réside dans son mode Histoire. Structuré en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en épisodes, celui-ci offre une progression assez inédite pour un jeu de course arcade.
Chaque pilote dispose de sa propre personnalité, de ses motivations et de capacités spéciales qui influencent directement les affrontements en piste. Les développeurs ont visiblement cherché à donner une véritable identité à leur casting, et cela fonctionne plutôt bien.
Petit détail original : chaque personnage s’exprime dans sa langue natale. On passe ainsi du français à l’anglais, de l’allemand au japonais, parfois au sein d’une même conversation. Dans l’univers du jeu, tous les concurrents se comprennent grâce à une puce de traduction intégrée. Pour le joueur, l’effet est toutefois un peu plus déroutant.
L’idée est intéressante sur le papier et renforce l’identité des personnages, mais demande parfois un petit temps d’adaptation.
Des modes généreux pour les amateurs de vitesse
Au-delà du mode Histoire, Screamer propose également un mode Arcade particulièrement complet.
On peut y participer à des courses classiques, seul ou jusqu’à quatre joueurs en local, mais aussi à diverses épreuves de contre-la-montre et à une multitude de défis. De quoi prolonger l’expérience pendant de longues heures, surtout pour les joueurs cherchant à perfectionner leurs trajectoires ou à améliorer leurs performances.
Côté circuits, on a droit ici à quatre environnement distincts (la forêt, la ville futuriste, le complexe désertique…) avec pour chacun plusieurs circuits disponibles. Le contenu est donc bien présent, et il faut reconnaître que Milestone a eu la bonne idée de varier régulièrement les situations afin d’éviter toute sensation de répétition.
Un gameplay qui divise immédiatement
Malheureusement, c’est sur ce point précis (et crucial) que Screamer révèle son principal point faible. Sur le papier, le jeu avait tout pour devenir un immense hit arcade. Son esthétique soignée, son univers affirmé et ses sensations de vitesse évoquent parfois un mélange particulièrement séduisant entre Ridge Racer et Burnout. Mais les développeurs ont fait un choix de gameplay pour le moins surprenant.
Ici, le véhicule se dirige avec le stick gauche tandis que les dérapages s’effectuent avec le stick droit. Une mécanique qui demande de gérer simultanément direction et drift avec les deux sticks analogiques. L’idée n’est pas dénuée d’intérêt, mais elle se révèle particulièrement peu naturelle lors des premières heures de jeu.
Les premiers virages ressemblent souvent à une succession de murs percutés, de trajectoires ratées, de drifts incontrôlés/incontrôlables et de frustrations diverses. On se surprend même parfois à se demander pourquoi un schéma de contrôle plus classique n’a pas été proposé dès le départ. Pour autant, il serait injuste de qualifier ce système d’injouable.
À force de pratique, les automatismes finissent par arriver. Progressivement, on commence à mieux anticiper les courbes, à enchaîner quelques dérapages propres et à comprendre la logique voulue par les développeurs. Et lorsque tout s’aligne enfin, quand bien même tout n’est toujours pas parfait, Screamer devient davantage plaisant.
Parvenir à négocier deux ou trois virages successifs sans heurter le moindre mur procure une satisfaction étonnamment forte. Le problème, c’est que cette récompense se mérite au prix d’un investissement conséquent. Et tout le monde n’aura probablement pas la patience nécessaire.
Une difficulté particulièrement relevée
Mais ce n’est pas tout, puisque cette prise en main atypique s’accompagne d’une difficulté globalement élevée… Heureusement, les développeurs ont intégré de nombreuses options permettant d’ajuster l’expérience. Niveau de l’intelligence artificielle, assistance aux drifts, aide à l’accélération ou encore différents paramètres de conduite, chacun peut adapter le jeu selon ses préférences.
Tout n’est pas toujours parfaitement équilibré, et certains réglages donnent parfois l’impression de corriger un problème sans réellement le résoudre. Néanmoins, après quelques expérimentations, il est possible de trouver un compromis satisfaisant qui rend l’expérience beaucoup plus agréable.
Cette approche « à la carte » mérite donc d’être saluée, même si elle ne transforme pas miraculeusement Screamer en jeu accessible au premier venu.
Notre avis concernant Screamer (2026)
Screamer est un jeu qui suscite autant l’admiration que la frustration. Sa direction artistique remarquable, ses excellentes musiques, ses cinématiques soignées et son mode Histoire original témoignent d’une véritable ambition. Le contenu est solide, l’univers possède une très forte personnalité et l’on ressent constamment l’envie des développeurs de proposer quelque chose de différent.
Le problème, c’est que cette originalité passe aussi par un gameplay particulièrement exigeant. La conduite à deux sticks demande un long apprentissage et risque d’en décourager plus d’un avant même que le jeu ne révèle tout son potentiel.
C’est d’autant plus dommage que l’on sent constamment qu’un excellent jeu arcade se cache derrière cette prise en main parfois laborieuse. On regrettera également que les drifts n’apportent finalement que peu d’avantages concrets en course, hormis le risque supplémentaire de finir dans un mur, ainsi que l’absence d’un véritable système d’amélioration des véhicules, limité ici à la personnalisation esthétique.
Malgré tout, Screamer reste une expérience singulière, attachante et souvent spectaculaire. Avec quelques ajustements via de futures mises à jour (pourquoi pas un mode de conduite plus traditionnel ?) il pourrait même devenir l’une des très bonnes surprises du genre. En l’état, il s’agit d’un titre imparfait mais sincèrement séduisant, qui récompensera uniquement les joueurs prêts à faire l’effort d’apprivoiser son étrange personnalité.