GTA 6 : Une enseigne décide de boycotter le jeu et dénonce une menace pour les boutiques

GTA 6 pourrait devenir le symbole d’un problème qui menace les boutiques de jeux vidéo : vendre une boîte sans disque, sans véritable objet à transmettre et sans possibilité de récupérer le jeu pour le revendre. Et avec la disparition programmée des supports physiques chez PlayStation en 2028, le modèle économique des magasins spécialisés est plus que jamais sous pression.

gta 6
©Rockstar Games

On le sait depuis quelques mois déjà, mais le jeu vidéo le plus attendu de ces dernières années pourrait bien représenter une mauvaise affaire pour une partie des magasins qui le vendent habituellement. D’après les informations rapportées par Gamekult, une boutique néerlandaise a décidé de ne pas proposer GTA 6 à la vente. Rappelons que le jeu de Rockstar Games sera vendu en boîte mais sans disque, avec un code permettant de télécharger le jeu.

GTA 6 : une boîte, un code… et c’est tout

C’est précisément ce modèle que refuse Gameshop Twente, une boutique néerlandaise qui a décidé de boycotter le titre tant qu’il sera proposé sous cette forme. Pour cette enseigne, vendre un code de téléchargement dans un emballage physique ne correspond tout simplement pas à ce qu’elle souhaite proposer à ses clients.

« Nous ne voulons pas vendre un code de téléchargement à nos clients comme un produit physique« , explique l’enseigne. Et derrière ce choix de principe se cache une vraie question économique. Une boutique peut-elle continuer à défendre le jeu physique si celui-ci n’existe plus vraiment ?

Car un disque, ce n’est pas seulement un support pour installer un jeu. C’est aussi un produit que l’on peut prêter, collectionner, échanger ou revendre. Une fois le jeu terminé, son propriétaire peut récupérer une partie de sa mise en le cédant à un magasin, qui le proposera ensuite à un autre joueur.

Avec un code à usage unique, cette mécanique disparaît. Le code utilisé ne peut pas être revendu comme un jeu d’occasion classique. La boîte, elle, ne contient aucun support permettant de transmettre le jeu à un nouvel acheteur. Le magasin perd donc une (très grande) partie de ce qui fait l’intérêt commercial du jeu vidéo physique : la seconde vie du produit.

Le vrai problème, c’est tout ce que la boutique ne pourra plus vendre

Il serait toutefois exagéré d’affirmer qu’un magasin ne gagnera absolument rien sur GTA 6. Une vente neuve peut générer une marge, même si elle reste très limitée, et aussi (et surtout) attirer des clients susceptibles d’acheter des accessoires ou d’autres produits (certaines enseignes de la grande distribution se servent d’ailleurs largement de GTA 6 comme d’un produit d’appel).

Mais le jeu d’occasion constitue un levier autrement intéressant pour les enseignes spécialisées depuis plusieurs décennies. C’est lui qui permet de faire circuler les titres, de fidéliser les joueurs et de proposer des prix plus accessibles à ceux qui ne souhaitent pas débourser le tarif du neuf.

Avec un jeu vendu sous la forme d’un simple code, cette boucle commerciale est rompue. Pas de disque à reprendre, pas de jeu à remettre en rayon quelques semaines plus tard. Une fois le code utilisé, il n’y a plus rien à faire circuler. A noter d’ailleurs qu’il y a (très) fort à parier que la version physique de GTA 6 sera en rupture de stock dès sa mise en vente, le 12 novembre prochain.

Pour les boutiques indépendantes, qui ne disposent pas nécessairement des mêmes moyens que les grandes enseignes pour diversifier leurs activités, cette évolution n’a rien d’anecdotique. Elle les pousse à chercher d’autres sources de revenus, entre accessoires, produits dérivés, cartes à collectionner et jeux rétro (même Micromania s’y est mis).

Le jeu vidéo physique ne disparaît pas du jour au lendemain, mais sa valeur commerciale pourrait progressivement se déplacer vers tout ce qui entoure le jeu lui-même.

Le cas PlayStation, avec un avenir sans disques dès janvier 2028

Le cas de GTA 6 serait presque anecdotique s’il ne s’inscrivait pas dans une transformation bien plus large. Sony a officiellement annoncé qu’à partir de janvier 2028, les nouveaux jeux PlayStation ne seraient plus commercialisés sur disque. Ils resteront disponibles auprès des revendeurs, mais là encore, uniquement sous forme numérique. Les jeux déjà sortis ou prévus sur disque avant cette échéance ne sont pas concernés par cette décision.

Pour les boutiques, la perspective est vertigineuse. Si les jeux neufs ne sont plus disponibles sur support physique, c’est toute la chaîne de revente qui risque de se contracter. Moins de disques vendus aujourd’hui, c’est moins de jeux d’occasion demain.

Le marché rétro pourrait alors prendre encore davantage d’importance. Les cartouches, les CD et les DVD des générations précédentes conserveront un attrait auprès des collectionneurs et des joueurs qui veulent réellement posséder leurs jeux. Mais ce marché ne suffira pas nécessairement à compenser la perte de certaines grandes sorties, sans compter le fait que leur valeur risque encore d’augmenter…

Les magasins devront donc trouver un équilibre délicat, à savoir continuer à vendre des jeux numériques sans renoncer à leur identité, tout en développant des produits et services sur lesquels ils peuvent encore se différencier.

GTA 6 n’est pas du tout un pionnier du genre, mais il constitue sans doute le premier grand symbole de cette fracture. Pour les joueurs, une boîte sans disque reste un emballage à poser sur une étagère. Pour les boutiques, c’est surtout un avertissement, car si le jeu ne peut plus circuler entre les joueurs, c’est aussi une partie du commerce du jeu vidéo qui risque de disparaître.