Test Muchi Muchi Pork! & Pink Sweets Boosted : le grand retour de deux shoots complètement barrés
Des cochons, des héroïnes aux allures de poupées et des écrans qui se remplissent de projectiles à une vitesse indécente : bienvenue chez Cave ! Avec Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets, cette compilation ressuscite deux shoot’em up aussi singuliers que redoutables. Une aubaine pour les amateurs du genre, même si les deux aventures ne se valent pas tout à fait manette en main.
Il fut un temps où les amateurs de shoot’em up japonais lorgnaient avec envie du côté de la Xbox 360. La console de Microsoft avait accueilli plusieurs productions de Cave, spécialiste incontesté du bullet hell, ces jeux dans lesquels les boulettes ennemies finissent par composer de véritables murs mouvants. DoDonPachi DaiOuJou, Mushihimesama Futari ou encore Deathsmiles ont ainsi contribué à faire de la machine un refuge pour les passionnés. En 2011, une compilation réunissant Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets, deux titres d’abord apparus dans les salles d’arcade, venait enrichir cette collection. Problème : le jeu est vite devenu difficile à dénicher à un tarif raisonnable, son prix ayant rapidement grimpé sur le marché de l’occasion.
Deux univers complètement loufoques, mais Cave ne plaisante jamais
Avec Muchi Muchi Pork! & Pink Sweets Boosted, City Connection et Clear River Games offrent enfin une nouvelle porte d’entrée vers ces deux curiosités, disponibles sur les consoles modernes, dont la PS5. Une excellente nouvelle pour les collectionneurs frustrés, mais aussi pour ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de s’y essayer. Reste à savoir si ces deux shoots ont toujours autant de mordant.
Difficile de prendre Muchi Muchi Pork! au sérieux au premier regard… et pour cause ! Des héroïnes transformées en petites filles-cochons, des adversaires improbables et un univers coloré : le jeu semble avoir été conçu après un déjeuner particulièrement arrosé (comme Parodius finalement). Pourtant, derrière cette direction artistique décalée se cache un shoot’em up particulièrement exigeant, dans lequel chaque déplacement compte.
La collecte des cochons permet notamment d’alimenter les attaques spéciales, tandis que les différents personnages proposent des approches distinctes. Il faut apprendre à maîtriser ses tirs, optimiser ses déplacements et comprendre les mécaniques de score pour espérer progresser. Et si les premiers niveaux peuvent laisser croire que l’on maîtrise rapidement la situation, la difficulté grimpe progressivement. Les ennemis se montrent plus agressifs, les projectiles se multiplient et la moindre erreur se paie comptant.
Pink Sweets, sorti en arcade en 2006, joue lui aussi la carte du décalage, avec ses personnages façon poupées et ses boss aux allures de jouets géants.
Mais il se distingue surtout par son fonctionnement inhabituel. Ici, pas de bombe de secours classique à déclencher pour nettoyer l’écran en cas de panique. Il faut notamment exploiter les particularités de son système de tir et de défense, avec une mécanique de bouclier capable d’absorber certains projectiles, avant de contre-attaquer.
Sur le papier, cette singularité a de quoi séduire. En pratique, elle réclame quand même un temps d’adaptation conséquent, que pas mal de joueur ne voudront/pourront peut-être pas fournir, d’autant que les niveaux avancés ne font aucun cadeau.
Muchi Muchi Pork! remporte le match à la lisibilité
Des deux jeux, c’est clairement Muchi Muchi Pork! qui m’a offert l’expérience la plus convaincante. Non pas parce qu’il serait facile (nous sommes chez Cave, tout de même !), mais parce que l’action demeure relativement lisible à l’écran. On distingue les menaces, on comprend davantage ce qui nous arrive et l’on peut progressivement apprendre de ses erreurs.
Le challenge reste bien présent, avec une montée en puissance sensible au fil des niveaux. Mais comme pour d’autre jeux Cave, cette difficulté donne le sentiment de pouvoir être apprivoisée, à condition de s’investir et d’accepter quelques belles séances de frustration. C’est précisément ce que l’on attend d’un bon shoot’em up : une progression qui récompense la persévérance, sans jamais renoncer à mettre le joueur à l’épreuve.
Pink Sweets, en revanche, m’a moins convaincu sur ce terrain. Dans les derniers niveaux, l’espérance de vie dépasse rarement les trois secondes. On se retrouve parfois submergé par les tirs ennemis avant même d’avoir eu le temps de comprendre ce qui se passe. La difficulté fait évidemment partie du charme de ces productions oui, mais elle devient ici particulièrement décourageante.
Son système de jeu, qui s’éloigne des habitudes du genre, ne facilite pas les choses. Il faut assimiler ses subtilités, comprendre comment exploiter ses possibilités défensives et composer avec l’absence de bombe traditionnelle. Les amateurs de défis atypiques y trouveront matière à creuser, mais les autres risquent de rester sur le carreau.
Une compilation indispensable pour les fans, malgré quelques réserves
Sur le plan de la présentation, cette réédition permet de retrouver deux titres à l’identité bien affirmée, avec des modes de jeu supplémentaires, des variantes et des classements en ligne pour prolonger les parties. Les arrangements musicaux apportent également une nouvelle touche à ces univers déjantés.
On aurait toutefois apprécié un véritable volet historique pour remettre ces productions dans leur contexte, ainsi que quelques bonus supplémentaires pour enrichir l’ensemble, mais l’essentiel est ailleurs : Muchi Muchi Pork! et Pink Sweets restent deux témoignages intéressants du savoir-faire de Cave, capable de marier une esthétique volontairement absurde à une exigence presque militaire. Il faut simplement accepter que ces deux propositions ne soient pas aussi accessibles l’une que l’autre. La compilation est déjà disponible sur les boutiques numériques, mais pour les amateurs de versions physiques, le tout arrive fin octobre.
Notre avis concernant Muchi Muchi Pork! & Pink Sweets Boosted
Avec sa seconde chance offerte à deux jeux longtemps difficiles à retrouver, Muchi Muchi Pork! & Pink Sweets Boosted mérite largement le détour. Ma préférence va sans hésiter au premier, plus lisible et plus gratifiant à mes yeux, mais l’ensemble reste une proposition généreuse pour les amateurs du genre. Et si vous aimez les cochons roses autant que les écrans couverts de boulettes, alors vous savez désormais à quoi vous attendre.
Cette compilation s’adresse donc avant tout aux passionnés de shoot’em up, et plus particulièrement aux fidèles de Cave, qui recherchent de l’action, des mécaniques à maîtriser et un challenge à la hauteur de leur investissement. Les curieux pourront tenter l’aventure, mais ne vous attendez surtout pas à une quelconque promenade de santé.