Trois ans à peine après un premier opus qui avait su s’imposer et créer la surprise au côté de géants du puzzle-platformer cinématique comme Limbo, Inside ou Ori and the Blind Forest, Wishfully Studios nous ramène dans son univers onirique. Disponible depuis le 5 mars 2026 sur PC, PS5, Xbox et Nintendo Switch (avec une mise à niveau gratuite vers la Switch 2), Planet of Lana 2 : Children of the Leaf se pose la lourde tâche de sublimer une formule déjà gagnante. En voulant proposer une aventure systématiquement plus grande, plus belle et plus complexe, les développeurs ont-ils réussi à préserver l’âme intimiste de la série ?
Un univers magnifique tiraillé entre nature et technologie
L’intrigue prend place deux ans après les événements du premier jeu. Nous retrouvons Lana, désormais plus mature et agile, toujours accompagnée de Mui, son inséparable petite créature féline. Les nouveaux joueurs n’ont pas à s’inquiéter s’ils n’ont pas fait le premier opus : un habile résumé émotionnel en début de partie permet de se mettre à jour, bien que l’impact de l’histoire soit forcément décuplé pour les vétérans.
Le point de départ est classique mais efficace : la petite sœur de Lana tombe gravement malade, et le chaman du village exige que notre héroïne parcoure les confins de la planète Novo pour récupérer trois artéfacts curatifs. Votre quête vous mènera à la recherche d’une fleur tapie dans des cavernes de montagnes enneigées, d’une perle cachée dans les profondeurs d’océans turquoise, et d’un bois de cerf sacré au cœur d’une forêt d’émeraude aux arbres titanesques.
Mais cette simple recherche de remède sert de prétexte pour explorer des thématiques bien plus sombres et profondes, notamment notre rapport à l’intelligence artificielle et le coût de l’hyper-technologie. La planète se remet à peine des conflits passés, et les tribus commencent à adopter la technologie restante, provoquant la division, la cupidité et brisant l’équilibre naturel.
Magistralement, toute cette histoire complexe est racontée sans aucune ligne de dialogue parlé. Le jeu s’appuie sur une langue extraterrestre inventée, les animations corporelles très expressives des personnages et l’environnement pour guider l’interprétation du joueur.
Une coopération affinée et un gameplay plus vertical
Manette en main, le jeu sublime la formule originale axée sur la coopération. Lana gagne considérablement en mobilité : elle est plus rapide, maîtrise le saut mural, effectue des glissades et, grande nouveauté, elle peut désormais nager en plongée.
Ces ajouts ouvrent drastiquement l’espace de jeu, rendant l’exploration et les énigmes environnementales plus variées et verticales. De son côté, Mui voit ses pouvoirs s’étendre : il est désormais capable d’hypnotiser diverses créatures de la faune locale pour résoudre les puzzles.
Par exemple, vous pourrez contrôler de minuscules poissons pour vous faufiler dans des brèches ou projeter des nuages d’encre pour aveugler de redoutables robots de surveillance. Vous rencontrerez également des créatures nuageuses laissant dans leur sillage une traînée de peluches hautement inflammables. Lana n’est pas en reste, puisqu’elle peut directement pirater et contrôler la technologie adverse, comme des blocs magnétiques ou des plateformes volantes.
Les énigmes reposent toujours sur l’observation, le timing et un savant mélange de furtivité et de réflexion. La courbe de difficulté est juste ; le jeu superpose progressivement les mécaniques sans jamais submerger le joueur, rendant chaque victoire véritablement satisfaisante.
Une réalisation audiovisuelle de haute volée
Visuellement, le jeu est un authentique chef-d’œuvre. Les décors peints à la main, fortement inspirés du Studio Ghibli, profitent d’une richesse inédite. Qu’il s’agisse de ruines mécaniques bourdonnantes ou de fonds marins bioluminescents, les environnements foisonnent de petits détails vivants au premier plan et d’une météo dynamique.
Pour envelopper le tout, la bande originale orchestrale composée par Takeshi Furukawa (le célèbre compositeur de The Last Guardian) est monumentale. L’absence de mots donne toute la place à cette musique qui devient le véritable narrateur émotionnel de l’épopée, insufflant une atmosphère mythique digne des grands films d’aventure des années 80.
Couplé à un design sonore exceptionnel fait de bruits naturels, d’échos et de petits cris animaux, l’immersion est totale.
Quelques ombres au tableau
Cependant, le jeu souffre de quelques défauts structurels. L’aventure, qui s’étend sur 6 à 8 heures, peine parfois à gérer son rythme. En voulant introduire une galerie de personnages plus vaste, le titre s’égare dans des scènes d’exposition, rendant le premier et le dernier chapitre inutilement longs et certaines fins d’énigmes répétitives. Contrairement au duo Lana/Mui, les personnages secondaires et les flashbacks manquent d’épaisseur et peinent à susciter l’émotion.
Côté maniabilité, certains passages d’action à grand spectacle exigent une précision chirurgicale agaçante, où rater le bord d’une plateforme d’un millimètre entraîne la mort et brise l’élan narratif. Les chapitres où vous contrôlez Mui en solo se révèlent également être les plus faibles, souffrant de contrôles un peu lourds et contre-intuitifs. Enfin, le fait de devoir constamment trouver des stratagèmes pour faire traverser l’eau à Mui, qui ne sait toujours pas nager, devient redondant sur la durée.
Pour autant, le jeu souffre du fameux « syndrome de la suite ». En voulant proposer un univers plus grand et plus complexe, il perd inévitablement une partie de l’intimité brute et du charme personnel et direct du premier jeu. Ses problèmes de rythme liés à des personnages secondaires moins marquants, sa boucle de gameplay globalement similaire au premier opus sans évolution révolutionnaire, et sa fin jugée trop abrupte pourront laisser quelques fans sur leur faim. Parfois, comme le prouvait le jeu original, moins c’est mieux. Il n’en demeure pas moins un voyage fabuleux qui mérite amplement le détour.
Notre avis concernant Planet of Lana 2
Planet of Lana 2 : Children of the Leaf, malgré son côté « suite de », est une perle vidéoludique car il réussit le pari d’amplifier tout ce qui faisait le génie de son aîné. C’est un jeu magnifique, doté d’une direction artistique organique somptueuse, de mécaniques coopératives intuitives très intelligentes, et porté par une bande-son magistrale. Il brille par son écriture muette poignante et sa façon d’aborder des thèmes adultes avec une grande pudeur. Le lien émotionnel indéfectible entre Lana et Mui constitue l’âme vibrante de cette épopée. Pour son prix très accessible d’environ 19,99 €, c’est une œuvre d’art abordable et indispensable pour les amateurs du genre.