Après avoir marqué l’histoire du jeu vidéo avec les licences Halo et Destiny, le légendaire studio Bungie ressuscite l’une de ses toutes premières franchises des années 90 pour se lancer dans l’arène impitoyable de l’extraction shooter. Disponible sur PC au prix de 40€ pour son édition standard, Marathon arrive sur un marché déjà très concurrentiel, face à des mastodontes bien installés ou des concurrents directs très appréciés comme Arc Raiders ou Escape from Tarkov.
Prêt pour le Marathon ?
Après un développement chaotique et des phases de bêta qui ont profondément divisé la communauté, il est l’heure de dresser le bilan. Si le jeu parvient à fasciner par son univers visuel et sonore hors du commun, il s’empêtre malheureusement dans des choix de game design douteux, une interface compliquée et un équilibre PvPvE qui peine à convaincre. Voici notre test complet pour déterminer si ce retour vers le futur en vaut vraiment la peine.
Dès les premières minutes, Marathon impose une identité visuelle qui ne laisse personne indifférent. Oubliez les environnements militaires grisâtres habituels ; le titre propose une esthétique de science-fiction rétro-punk et cybernétique aux couleurs saturées. Le contraste entre la froideur des extérieurs et l’utilisation agressive de néons rouges, violets ou verts en intérieur donne parfois l’impression d’évoluer au sein d’une véritable œuvre d’art moderne.
Bien que certains joueurs puissent trouver cette direction artistique peu consensuelle, voire agressive visuellement, le jeu réussit le pari de proposer un univers profond, mystérieux et travaillé. Cette immersion est magistralement soutenue par un sound design de haute volée : la musique instaure une tension constante lors de l’exploration, et les effets sonores des armes comme de l’environnement participent pleinement à l’ambiance angoissante de la planète Tau Ceti IV.
La direction artistique du jeu représente franchement un point de friction majeur et, avouons-le, une vraie galère. C’est en effet la première chose qui saute aux yeux d’un potentiel joueur, la vitrine du titre. Le problème réside dans le fait que cette esthétique, pour le moment, manque cruellement de clarté ou d’un pouvoir d’attraction immédiat.
Pour un nouveau joueur, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a jamais touché à un extraction shooter exigeant, voire même qui est étranger à l’univers visuel d’un jeu comme Destiny, l’approche risque d’être particulièrement déroutante. La surcharge d’informations visuelles, le design parfois confus ou le manque de repères distinctifs pourraient le paumer complètement. Pire, cette première impression visuelle est tellement fondamentale qu’elle risque purement et simplement de le faire fuir avant même qu’il n’ait pu apprécier le fond du jeu. C’est un obstacle de taille à l’adoption.
C’est d’autant plus dommage et frustrant que derrière cette façade artistique perfectible, le cœur du jeu recèle un potentiel indéniable. Si l’on parvient à passer outre ce cap initial de l’esthétique et à s’accrocher malgré le côté déroutant du premier contact, le jeu révèle une profondeur insoupçonnée.
L’expérience de jeu proposée est non seulement riche, mais aussi particulièrement aboutie en termes de mécaniques, de contenu et de sensations de jeu. Le véritable trésor se cache donc derrière un rideau qui mériterait d’être repensé pour mieux inviter le public à entrer.
Gunplay lourd et mouvements rigides : la patte Bungie en demi-teinte
Si le gunplay reste une réussite indéniable, nerveux et fidèle à l’héritage futuriste de Bungie, il est malheureusement rendu tributaire de la profondeur abyssale du système de classes. Pour profiter pleinement de ces affrontements et pour espérer s’en sortir, il est impératif d’avoir le bon build, c’est-à-dire le bon ensemble d’équipements et d’améliorations, parfaitement adapté au Runner choisi et au moment de la partie. Cette exigence de préparation et de connaissance limite considérablement l’accessibilité du titre.
On ne peut pas simplement lancer une partie pour « kiffer » sans un minimum de réflexion stratégique préalable. La profondeur du build crafting devient ici une barrière plutôt qu’une force, empêchant toute session de jeu improvisée ou décontractée.
Il est néanmoins une bouée de sauvetage bienvenue pour atténuer la frustration liée à cette exigence : la possibilité de partir en free kit. Cette option permet de se lancer dans la mêlée avec un équipement de base fourni par le jeu, garantissant ainsi que l’on ne perdra pas son propre loot durement acquis si l’on se fait éliminer. C’est un filet de sécurité essentiel qui adoucit la courbe d’apprentissage et permet d’expérimenter sans le stress permanent de la perte totale d’équipement.
Un level design étriqué et un cruel manque de PvP
Pour un jeu vendu comme une expérience compétitive, la structure des parties laisse perplexe. Les cartes disponibles sont étonnamment petites, au point qu’il est possible d’en traverser une grande partie en seulement une minute de marche. Malgré cette petite taille, la visibilité est souvent mauvaise, permettant aux adversaires de se cacher trop facilement.
Mais la plus grande déception réside dans le cœur même du gameplay : le PvP est paradoxalement rare. Sur des sessions entières, il est fréquent de ne croiser qu’une ou deux escouades de joueurs réels. Pourtant le jeu oscille à 50 000 joueurs en moyenne à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Le vide est comblé par une omniprésence de l’intelligence artificielle (donc le PvE). Ces robots, bien que intéressants car ils imitent les tactiques de contournement des joueurs, finissent par créer une immense frustration : on vide souvent ses chargeurs en pensant livrer un duel épique, pour réaliser qu’il ne s’agissait que d’un simple PNJ générique, sans parler de son loot très léger.
Marathon est un bon jeu… Si on y consacre du temps
Heureusement, Marathon sauve les meubles grâce à son excellente boucle de progression liée aux factions. Le jeu propose de remplir des contrats pour diverses mégacorporations afin de gagner en réputation. Ce système permet d’obtenir régulièrement des colis de ravitaillement, adoucissant grandement la punition inhérente au genre lorsque l’on perd tout son équipement.
Marathon est une proposition vidéoludique aussi intrigante que frustrante. En choisissant de s’éloigner des standards de lisibilité au profit d’une direction artistique radicale, Bungie s’aliène inévitablement une partie de son public potentiel. Le jeu brille par son univers fascinant, sa bande-son immersive et un gunplay lourd typique du studio.
Malheureusement, l’expérience globale est sabordée par des choix de game design douteux : une interface repoussante, un butin inutilement cryptique, des mouvements trop rigides et surtout, une boucle de jeu qui noie le frisson du PvP sous des vagues d’ennemis contrôlés par l’IA.