C’est officiel, le disque de jeu vidéo est officiellement condamné chez PlayStation. À partir de janvier 2028, Sony cessera en effet la production de jeux physiques pour les nouveaux titres lancés sur ses consoles. Les jeux continueront toutefois d’être proposés chez les revendeurs, mais uniquement sous une forme numérique, notamment via des codes de téléchargement. Une décision présentée comme « la conséquence logique de l’évolution des habitudes des joueurs« , mais qui a évidemment provoqué la colère d’une partie du public, particulièrement attachée à ses boites et CD de jeu.
Et pourtant, au milieu de cette pluie de critiques, une hypothèse étonnante commence à circuler : et si la disparition du physique pouvait avoir un effet positif sur le prix des jeux ? C’est en tout cas la théorie avancée par Jacob Navok, ancien directeur du développement commercial de Square Enix.
Moins de coûts, davantage de pression sur les prix ?
L’idée mérite évidemment d’être considérée avec quelques pincettes. Supprimer les disques, les boîtes, une partie de la logistique et de la distribution permet mécaniquement de réduire certains coûts. Mais cela ne signifie évidemment pas qu’un jeu vendu 80 euros demain coûtera automatiquement 60 euros en 2028.
Le véritable changement pourrait plutôt venir de la concurrence entre les éditeurs. Sur une boutique numérique comme le PlayStation Store, les différents jeux se retrouvent en permanence côte à côte, avec la possibilité de faire évoluer rapidement leurs tarifs, d’organiser des promotions ou de multiplier les opérations commerciales.
C’est notamment ce fonctionnement qui a permis à Steam de voir apparaître une véritable guerre des prix sur PC. L’ancien cadre de Square Enix estime ainsi que plus le PlayStation Store deviendra exclusivement numérique, plus les éditeurs pourraient être poussés à ajuster leurs tarifs pour capter l’attention des joueurs.
Autrement dit, la fin du disque ne ferait pas forcément baisser le prix catalogue des nouveautés, mais pourrait accélérer leur baisse quelques semaines ou quelques mois après leur lancement (comme sur Steam donc).
Le numérique de demain (éventuellement) moins cher, mais à quel prix ?
Le problème, c’est que cette éventuelle bonne nouvelle ne fait évidemment pas disparaître les nombreuses interrogations liées au tout numérique. Aujourd’hui, un jeu physique peut être prêté à un proche, revendu, acheté d’occasion ou conservé précieusement pendant des décennies. Avec un achat numérique, ces possibilités disparaissent immédiatement.
Et il existe une autre différence fondamentale, car lorsqu’on achète un jeu sur le PS Store, on achète avant tout une licence d’utilisation. À cela s’ajoute la question de la conservation. Que se passe-t-il lorsqu’un jeu disparaît d’une boutique, qu’un serveur ferme ou qu’un éditeur décide de ne plus maintenir un service ?
Le physique n’offre certes pas toujours une garantie absolue de conservation, notamment avec les jeux nécessitant des téléchargements ou une connexion, mais il reste une alternative concrète au contrôle total d’une plateforme. Récemment à la rédaction, nous avons pu relancer le premier Ridge Racer sur PlayStation, Marvel vs Capcom sur Dreamcast ou encore le premier Top Spin sur Xbox, et ce, grâce à ces bons vieux disques de jeu (et ça vaut aussi bien sûr pour les jeux au format cartouche).
Alors, les jeux seront-ils vraiment moins chers ?
C’est toute l’ambiguïté de la stratégie de Sony. La disparition du physique pourrait effectivement favoriser davantage de promotions, une baisse plus rapide des prix et une concurrence accrue entre éditeurs. Mais absoluement rien ne garantit que les économies réalisées sur la fabrication et la distribution seront répercutées sur le portefeuille des joueurs.
Car dans un univers sans disques, le joueur perd également un levier important : celui de pouvoir acheter ailleurs. Plus de rayon jeux vidéo, plus de concurrence entre enseignes, plus de marché de l’occasion pour les nouveautés. Tout passe alors par l’écosystème numérique.
A l’heure actuelle, il suffit de se rendre sur le PS Store pour voir des jeux numériques (et parfois même des jeux de lancement PS5 remontant à novembre 2020) affichés à 79,99€, voire à 99,99€ pour les versions Deluxe (vous avez dit GTA VI ?), incluant souvent un contenu somme toute assez insignifiant (artworks numériques, BO numérique, objets in-game cosmétiques…)
Bien que cela semble hautement improbable aujourd’hui, la promesse d’un jeu vidéo moins cher pourrait bien être réelle… mais elle devra être accompagnée d’une question essentielle : moins cher, oui, mais avec quels droits pour le joueur ? Et sur ce terrain, le passage au 100% numérique pourrait coûter beaucoup (beaucoup) plus cher qu’un simple disque.